La Namibie obtient la validation de l’OIE pour son programme de contrôle de la rage transmise par les chiens, alors que le pays progresse vers l’élimination de la maladie

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Au cours des six dernières années, la Namibie a élaboré et mis en œuvre une stratégie nationale de lutte contre la rage avec le soutien technique de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et du Friedrich-Loeffler-Institut (FLI) allemand, ainsi qu’avec l’appui financier du gouvernement allemand. Le nombre de cas de rage a fortement diminué. 

La Namibie démontre son engagement dans la lutte contre la rage transmise par les chiens depuis plusieurs années. Récemment, à l’occasion de la 88e Session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), l’Assemblée mondiale a validé le Programme officiel de contrôle de la rage transmise par les chiens de la Namibie, une feuille de route pour combattre la maladie qui établit une stratégie sanitaire et une planification précises. Pour recevoir une telle reconnaissance, il est nécessaire que les pays se conforment aux Normes internationales de l’OIE, et leurs dossiers de candidature sont examinés attentivement par l’Organisation qui vérifie l’efficacité des mesures en place. Cette reconnaissance constitue un atout pour la Namibie en vue d’éventuelles demandes de soutien à la mise en œuvre de son programme de contrôle.   

Des petits garçons apportent leurs chiens afin de les faire vacciner contre la rage, en Namibie, 2016. © Direction des Services vétérinaires (DVS) Namibie 

Les défis de l’élimination de la rage en Namibie 

La rage a longtemps inquiété les autorités sanitaires animales et humaines de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (CDAA), un groupe régional de 16 pays, dont la Namibie, où l’on dénombre 6 300 décès humains causés par la rage chaque année. Les enfants sont particulièrement vulnérables à la maladie. Heureusement, lorsqu’une personne exposée est en mesure de recevoir un traitement contre la rage (prophylaxie post-exposition) suite à une morsure, une rémission complète est possible. Mais le temps joue un rôle majeur. Néanmoins, l’un des enjeux en Namibie est que les régions peu peuplées du nord du pays, où la rage est particulièrement endémique chez les chiens, disposent également d’un accès limité aux soins médicaux.  

La rage est une zoonose, ce qui signifie qu’elle peut se transmettre des animaux aux humains. En effet, près de 99 % des cas humains de rage sont dus à des morsures de chiens infectés. Par conséquent, il est essentiel d’encourager la vaccination canine, et plus largement, les comportements responsables des propriétaires de chiens, afin de lutter contre cette maladie mortelle. 

La mise en œuvre de campagnes de vaccination n’est pas toujours aisée dans les terres communautaires du nord de la Namibie où les populations perpétuent un mode de vie nomade, en quête de pâturages pour leurs troupeaux. Le changement climatique a modifié leurs déplacements dans le temps et l’espace, il est donc plus difficile pour les administrations nationales comme les Services vétérinaires de coordonner des campagnes d’élimination de la maladie dans les zones qui en ont besoin. Les foyers de maladies animales récents affectant d’autres espèces (fièvre aphteuse), ainsi que les mesures nécessaires pour répondre à la crise de COVID-19, ont accentué ces problèmes en grévant le budget disponible.  

En œuvrant pour combattre la rage transmise par les chiens, les autorités namibiennes ont dû faire face simultanément à de nombreux problèmes. Conséquence directe du taux de renouvellement élevé des populations de chiens, obtenir des chiffres exacts concernant le nombre d’individus ou le taux de vaccination dans les régions visées s’avère difficile. L’exactitude des chiffres et le taux de renouvellement élevé ont une incidence sur la manière dont un pays mesure sa réussite dans le domaine de la vaccination canine.  

Un homme vaccine un chien contre la rage lors d’une campagne de vaccination en 2016. © Direction des Services vétérinaires (DVS) Namibie  

La Namibie avance dans son combat contre la rage 

Malgré ces obstacles, la Namibie a réalisé de grands progrès dans la réduction du nombre de cas de rage chez les chiens, et par là-même chez les humains dans le cadre de sa stratégie nationale. La première campagne de vaccination antirabique a commencé en mai 2016 et a pu être déployée sur les 263 000 km2 des huit territoires communautaires du nord en 2017. Cette région a été considérée comme prioritaire, car la prévalence de la rage y est élevée dans la population canine. Ce projet a déjà donné des résultats alors que le nombre de décès humains liés à la rage dans cette région est passé de 23 en 2015 — un niveau supérieur par rapport à la moyenne nationale — à seulement deux en 2019. 

Lancement d’une campagne de vaccination antirabique de masse en Namibie, 2016. © Direction des Services vétérinaires (DVS) Namibie. 

Afin d’encourager ces efforts, l’OIE, avec le généreux soutien du ministère fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, a fait don de 650000 doses de vaccins canins contre la rage, afin de contribuer aux campagnes de vaccination de masse des chiens, qui constituent un des éléments essentiels d’une stratégie efficace d’élimination de la rage. Le Dr Nehemia Hedimbi, coordinateur des campagnes de vaccination en Namibie, a déclaré que, si recevoir des doses reste primordial, les Services vétérinaires nationaux doivent aussi prendre en compte de nombreux autres aspects pour réussir le déploiement d’une campagne de vaccination. Ceux-ci comprennent principalement : le besoin de formation des vaccinateurs et des zootechniciens de toutes les régions, la pénurie de transport ou de main-d’œuvre disponible, ainsi que la mobilisation des ressources nécessaires à la conduite de campagnes de vaccination. Dans l’espoir de répondre à certains de ces besoins, l’OIE a apporté au fil des ans, son appui technique et de coordination aux vétérinaires dans l’organisation des circuits de campagnes de vaccination. Elle a aussi fourni les outils nécessaires pour réaliser ce travail efficacement, tels que des matériels de diagnostic et des appareils électroniques. 

Une collaboration transfrontalière 

Les autorités vétérinaires de Namibie et d’Angola se rencontrent afin d’échanger sur la rage au niveau de leur frontière commune, 2019. © OIE/T.Tenzin 

Les autorités vétérinaires de Namibie n’ont pas travaillé de manière isolée. Conscientes que la porosité de la frontière entre l’Angola et la Namibie favorise la propagation de la rage chez les chiens de part et d’autre, les autorités vétérinaires des deux pays ont uni leurs forces pour éradiquer la maladie. En 2019, l’Angola et la Namibie se sont accordés pour créer un comité technique mixte réunissant leurs Services vétérinaires nationaux. Ils ont élaboré un plan d’éradication de la rage applicable au sud de l’Angola et un plan d’harmonisation transfrontalier. Ces deux dispositifs ont pour but de contribuer à réduire l’incidence de la rage transmise par les chiens. Afin d’obtenir de meilleurs résultats, l’OIE a fait don de 140 000 doses de vaccins contre la rage à l’Angola grâce au soutien de l’Union européenne. Faisant le bilan de cette expérience, le Dr Hedimbi exprime sa satisfaction au vu des progrès réalisés et remarque que travailler avec d’autres pays sur un problème sanitaire commun peut se révéler épineux. « Les pays peuvent avoir des priorités différentes », explique-t-il. « Certains pays ne disposent pas d’une stratégie nationale de contrôle de la rage, et d’autres manquent de campagnes de vaccination. » Au titre d’une vraie collaboration sud-sud, la Namibie a apporté un soutien technique et a partagé des vaccins antirabiques avec l’Angola. Les autorités vétérinaires namibiennes ont invité leurs homologues angolais aux réunions de planification et de suivi de la maladie afin de les tenir informés. Plus important encore, les deux pays ont établi un contact permanent afin communiquer sur les nouveaux cas de rage le long de leur frontière commune.  

La Namibie sur la voie de l’éradication de la rage transmise par les chiens. 

Pour l’avenir, la Namibie poursuivra ses efforts, en espérant que l’élimination complète de la rage ne soit pas trop éloignée dans le temps. Confiant, le Dr Hedimbi, explique que « si la Namibie dédie les ressources nécessaires et maintient ses efforts, la rage transmise par les chiens diminuera jusqu’à atteindre bientôt le stade de l’élimination ». Les efforts attendus seraient d’organiser davantage de campagnes de vaccination et de sensibilisation dans le pays, d’améliorer la gestion des populations de chiens, ainsi que de travailler main dans la main avec le secteur de la santé humaine en adoptant une approche « Une seule santé ». Chaque année, la Namibie transmettra un rapport sur ses activités à l’OIE en vue d’obtenir la reconfirmation de sa situation, ce qui attestera de l’engagement du gouvernement. Grâce à la validation de son programme officiel de contrôle de la rage par l’OIE, la Namibie est sur la bonne voie pour construire un avenir plus sûr et plus sain pour les humains comme pour les chiens.  

Distribution des zones sensibles ciblées par les campagnes de vaccination des chiens. Les points rouges représentent les centres de vaccination en 2020, les points noirs les sites actuels à partir de 2021. © OIE/T.Tenzin